[Lettre aux Amis N°47] [Retour à l'accueil] [Lettres Aux Amis]
Mes Chers Amis,
Le texte que je vous propose aujourd'hui est une énigme pour moi à tous points de vue. Il me fut présenté sous la forme d'une petite brochure grise, sans nom d'éditeur ni d'auteur, ni la moindre date permettant den retrouver la source. Le contenu ? Des lettres adressées par une petite fille nommée Stella à une adolescente appelée Léna : ou bien cest une fiction littéraire, ou bien l'auteur et la destinataire ont vraiment existé...
Cette brochure polycopiée m'a été donnée vers 1996 par un séminariste. Il en avait trouvé 300 exemplaires dans un carton à l'Abbaye de Champagne-sur-Rhône : il en a pris un, me l'a montré. Je lui ai prêté une attention distraite... et je le retrouve aujourd'hui, stupéfait dêtre passé à côté d'un tel joyau !
Je n'arrive pas à penser que ce puisse être une oeuvre d'imagination, et je prends le risque de vous le présenter comme authentique. Sans soutenir la comparaison avec celles du Bx. Raphaël, les pages que vous allez lire nous emportent en effet dans les profondeurs de la voie d'enfance où Stella semble se mouvoir d'instinct, sans avoir eu apparemment aucune décision à prendre, plongée qu'elle était depuis sa naissance dans une pauvreté totale de l'intelligence et du coeur.
Je vous communique donc ce petit trésor qui me fascine, dans l'espoir qu'il vous fascine à votre tour et que vous ayiez envie comme moi d'en savoir davantage... donc peut-être de m'y aider.
Je vous en remercie d'avance, et vous offre ma bénédiction
Avent 2000
Fr. M.D. Molinié
Plusieurs personnes ont répondu à mon appel pour en savoir davantage sur Stella, et je tiens d'abord à les remercier toutes. Ensuite, j'ai la joie d'annoncer que grâce à elles nous savons maintenant avec certitude que les lettres de Stella ne sont pas le fruit d'une création littéraire, mais qu'elles furent réellement écrites par une petite américaine de sept ans et demi, et que leur destinataire, Léna, née en Suisse en 1918, l'a élevée depuis sa naissance. Léna vit encore en France à l'heure actuelle.
En outre, les lettres de Stella furent publiées en 1956 avec l'Imprimatur de l'Evêque de Fribourg. On y apprend qu'elle est morte le dimanche ler Octobre 1945. On y trouve aussi, à la fin de la dernière lettre, une phrase ultime qui ne se trouvait pas dans le livret dont je disposais au début:
"Ta petite fille qui n'a pas pu rester sur la terre sans sa Léna "
Pâques 2001
"Comme le lis entre les chardons"
I
Bien chère petite Léna,
Ma première lettre est pour toi, pour te dire mon gros chagrin depuis que tu es partie. Pourquoi tu m'as laissée toute seule ici ? Je ne veux plus rester sur la terre, je veux mourir parce que maintenant que Léna est loin, personne ne m'aime. Maman gronde toujours, parce que je veux que personne ne vienne prendre ta place. Elle dit que j'ai la même tête que toi. Tant mieux ! Jai au moins quelque chose de toi. Il y a une demoiselle qui vient l'après-midi pour me donner des leçons de français. Je ne l'aime pas, parce qu'elle ne rit jamais et ne raconte pas d'histoires. Mais j'apprends bien le français et quand je le saurai bien j'irai te chercher toute seule.
Tous les soirs, je parle de toi avec ma poupée ; je lui montre tes photos, mais elle ne te connaît plus, parce que j'ai tant donné de baisers qu'on ne voit plus la figure. Cela ne fait rien, moi je sais que c'est toi. Quand je me réveille la nuit, je cours dans ta chambre et Jappelle Léna, mais jamais tu ne m'entends pleurer. Je pleure longtemps et puis, le matin, le coussin est tout mouillé.
Quand tu es partie, j'ai crié toute la nuit, puis tout le jour, puis toute la nuit encore, et je n'ai rien voulu manger, et quand on ma forcée, j'ai tout rendu. Alors, Maman a été chercher Monsieur Peter, et il m'a consolée ; il m'a dit que tu allais revenir bientôt. Mais moi je sais bien que tu ne reviendras plus. Tu vas être une Soeur, avec de grandes ailes, comme Sr.V. C'est elle qui m'a pris ma Léna. Peter aussi a du chagrin, mais il dit qu'il ira te chercher en avion. Il ne sait pas, lui, que quand tu ne veux pas, c'est fini pour toujours.
Je n'oublie pas ma prière au petit Jésus : tous les soirs je prie comme tu m'as appris. Papa dit que c'est des bêtises. Moi, je sais bien que ce n'est pas vrai, puisque toi, tu as prié toujours. Quand Papa dit : "Qui est-ce qui commande ici", je lui dis toujours : "C'est Léna", alors Papa dit quil ny a plus de Léna, mais moi je sais bien que tu es encore là.
On va partir très loin avec le bateau, mais cela ne me fait rien ; maintenant que tu n'es plus là, rien ne me fait plaisir.
Je crois que je fais des fautes, mais je n'ai pas voulu montrer la lettre à Mademoiselle, ni à Peter, parce que cette lettre est pour toi toute seule. Peter écrira l'adresse.
Ta chambre est toujours la même chose. Je ne veux pas que personne y entre ; c'est la chambre à toi, rien qu'à toi. Quand j'ai beaucoup de chagrin, j'y vais et alors c'est comme si tu étais un peu là.
Je me rappelle quand tu me prenais sur tes genoux et que tu m'embrassais. Maintenant je ne donne plus de baisers à personne, je les garde tous pour toi, quand je te reverrai.
Adieu, ma petite Léna chérie, je t'aime encore tout plein, tout plein mon coeur et je t'envoie tous les baisers que j'ai mis sur la lettre pour que tu les prennes. Ta petite fille triste qui ne rit plus et ne chante plus
Stella.
Quand la guerre sera finie, on ira en Suisse. Si je savais quand elle finit, je compterais les jours qui manquent pour te revoir. Même si tu as des ailes, je te connaîtrai toujours.
II
Ma chère petite Léna,
Si tu savais comme j'ai été contente quand jai reçu ta lettre et ta photo. J'ai couru chez tout le monde pour raconter mon bonheur. Mais je n'ai pas vu les ailes. Peter dit que la cornette se paie très cher et qu'il faut du temps pour la gagner. Tu n'as donc plus d'argent, petite Léna ? Dis-le moi bien vite et je tenvoie tout ce que j'ai dans ma tirelire, car je suis sûre que cela t'ennuie d'attendre. Les enfants sont bien jolis, mais tu me dis qu'ils sont très pauvres. Seulement, ils ont ma Léna pour les aimer. Moi, je suis riche, mais je n'ai plus personne pour me "tendresser", maintenant que tu es partie. Et si je pouvais choisir, j'aimerais être un des petits pauvres, celui qui est à côté de toi sur la photo. Maman dit que tu as maigri.
Tu ne manges donc plus du tout, petite Léna. Tu mangeais si peu ici, et maintenant tu as encore maigri. Il faudra que je parte en Suisse, te raconter des histoires pour que tu manges sans t'en apercevoir, comme tu le faisais avec moi. Tu te rappelles ?
Maintenant, on ne me raconte plus d'histoires, mais je me rappelle toutes les tiennes et je les raconte à mes poupées. Tu voudrais bien savoir des nouvelles d'ici. Oh ! tu sais, il se passe un tas de choses et je voudrais que tu sois là pour te demander des pourquoi. D'abord, la Mademoiselle qui a pris ta place est repartie. Maman a été très fâchée, parce qu'elle l'a vue un jour qui embrassait Papa. C'est donc mal de donner des baisers à Papa ? Quand on sortait en auto, Papa l'embrassait toujours et ils parlaient à voix basse. Ils croyaient que je ne comprenais pas, parce que je ne parle pas l'anglais. C'est toi qui m'a appris le français et c'est tout ce qui me reste de toi. Cela, du moins, personne ne peut me le prendre.
Quand j'entends Papa dire des choses aimables, je me demande pourquoi à moi il ne les dit jamais... Mais peut-être, ça se dit seulement aux demoiselles. Mais, pourquoi elle se laisse embrasser par Papa ? Toi, tu n'étais pas comme ça. Je me rappelle bien un jour, dans l'auto, Papa t'avait pris la main. Alors, tu avais dit au chauffeur d'arrêter, et puis, on est descendu et Papa a continué le chemin tout seul. Seulement, tu ne savais pas le chemin pour rentrer à la maison et tu ne savais pas encore la langue d'ici. Alors, nous avons été perdues, tu as tapé du pied et tu as dit : "Je veux aller en Suisse." Oh ! dis-moi, petite Léna, pourquoi nous ne sommes pas parties ce jour-là ? Maintenant, je serais avec toi et je ne serais plus jamais triste.
L"autre jour, Papa a été très fâché avec Maman et il a dit très fort : "Ta gosse, est-ce que je sais si elle est à moi ?" Mais, dis-moi, ma Léna, si je ne suis pas à mon Papa, alors à qui je suis ? Je n'ai rien demandé à personne, mais samedi, il y avait une grande fête à la maison. Et quand tout le monde a été là, au salon, j'ai dû chanter et danser. Et après, Papa a dit : "Viens embrasser ton père. Mais moi, j'ai mis les mains derrière le dos et j'ai dit : "Est-ce que je sais, moi, si tu es mon Papa". Et je nai pas voulu lui donner de baiser. Si tu avais vu comme il a été fâché !
Un jour, j'ai rencontré un petit pauvre et je l'ai amené à la maison pour lui donner quelque chose. Mais, quand Maman l'a vu, elle l'a fait partir tout de suite et m'a défendu de toucher aux enfants de la rue, parce qu'ils avaient des microbes. Alors, j'ai dit que toi tu n'avais pas peur, puisque tu prenais tous ceux que tu rencontrais, que tu leur donnais à goûter et aussi des robes à moi qui étaient trop petites ; alors, quand elle a su ça, Maman a levé les bras et elle a crié : "Ma maison est pleine de microbes." Et puis, elle a téléphoné, et des messieurs sont venus et ont jeté de l'eau dans toute la maison. Cela ne sentait pas bon, mais c'était pour enlever les microbes. Mais tu sais, moi, je n'en ai point vu.
Maintenant, quand je vois des petits pauvres, je leur demande d'abord s'ils ont des microbes. Mais ils me répondent tous qu'ils n'ont pas d'argent pour en acheter. Et quand je leur dis que c'est justement ceux qui sont pauvres qui ont des microbes, ils me disent qu'ils ne savent pas ce que c'est. Alors, quand tu mécriras, tu me le diras.
Le dimanche, Peter vient me chercher pour aller à la messe. Je suis content parce que, s'il ne venait pas, je ne pourrais jamais y aller, puisque la Mademoiselle n'y va pas. Mais comme Maman ne veut pas que j'aille seule, alors, Peter vient me prendre. On va toujours à la même place et on laisse ta chaise au milieu ; c'est comme si tu étais un peu là. Mais, tu sais, ce vilain Peter, quand le prêtre monte dans sa petite tour pour parler, il va dehors et il revient quand il a fini. Moi je reste à l'église. Je ne comprends pas toujours ce que le prêtre dit, mais je reste quand même pour tenir compagnie au petit Jésus. Peut-être que Lui non plus ne comprend pas ce que le prêtre dit, et pour qu'Il ne s'ennuie pas dans son tabernacle, je Lui parle et on se comprend bien, nous deux.
Je demanderai l'adresse au Ministre suisse et je la mettrai moi-même, parce que je ne veux pas quon voie ma lettre ; c'est pour toi toute seule. Madame X mettra le timbre. Tu diras un bonjour à Soeur V. Elle m'a pris ma Léna, mais puisque tu es contente, jessaierai de ne pas être trop malheureuse. Adieu, petite Léna, je t'embrasse comme je t'aime
Stella.
J'ai oublié de te dire, petite Léna, que, avant Noël, je suis tombée de l'oranger, et je me suis cassé le pied. J'ai dû rester un mois couchée, mais jai été bien sage et je pensais que cétait mieux que ça soit moi, au lieu de toi, qui dois rester au lit, parce que tu n'aimes pas beaucoup rester sans bouger. J'ai offert tout mon mal au petit Jésus, pour qu'Il fasse qu'un jour mon Papa et ma Maman aiment aussi le bon Dieu. Maintenant, je cours comme avant, mais je ne monte plus sur les arbres,
Tu sais, Léna, jai peut-être fait des fautes, mais ne fais pas de gros yeux, parce que, même de loin, ça me fera du chagrin. Peter m'a dit qu'il ne croit pas que tu restes longtemps là où tu es, parce que tu ne peux pas faire comme tu veux. Mais dis-moi, petite Léna, comment que tu fais pour ne plus faire ce que tu veux ? Tu m'écriras un longue lettre et tu me diras que tes petits pauvres ne t'ont pas fait oublier ta petite fille, car je suis encore à toi, rien qu'à toi. Quand je serai grande, j'irai en Suisse aussi chercher des ailes et je soignerai les petits pauvres, et tant pis pour les microbes.
Adieu, ma petite Léna à moi. Je compte les jours jusqu'à ce que j'aie une lettre de toi ; je t'envoie tous mes baisers que je garde pour toi. Ta petite fille qui t'aime
Stella.
III
Ma toute chère Léna,
Je compte les jours pour avoir une lettre de toi. Je suis arrivée au trentième, mais je ne puis plus attendre. J'ai tellement de chagrin que je veux t'écrire aujourd'hui. Peut-être quand je t'aurai tout dit, je serai moins triste, parce que je sais que tu penseras à moi.
Ma petite Léna chérie, reviens chez ta fille , je t'aimerai tant que tu oublieras les ailes. Je ne veux plus rester sur la terre sans toi. J'ai essayé, mais chaque jour qui me fait plus grande, je sens que je ne peux pas rester sans toi. Tout est tellement vilain dans ma maison et je voudrais que tu sois là pour ne rien voir d'autre que toi.
Depuis lundi, Papa est venu à la maison avec une autre dame, et quand j'ai demandé où était Maman, Papa a dit: "Elle a choisi un autre Papa." Pourquoi les petites filles ne peuvent-elles pas aussi choisir ? Moi, cest ma Léna que je choisirais pour Maman.
Hier, j'ai été en auto et j'ai vu Maman avec un autre Monsieur qui se promenait. Alors, j'ai voulu aller lui dire bonjour, mais Mademoiselle a dit que Papa le défendait. Quand je suis arrivé à la maison, jai dit à Papa que je voulais aller chez Maman parce que peut-être elle s'ennuie après moi. Mais Papa a dit : "Ta mère ne s'ennuie pas, elle n'aime pas les gosses." La dame qui reste chez nous ne sait pas le français. Tant mieux ! Comme cela je n'ai pas besoin de lui parler. Je ne l'aime pas, parce qu'elle est venue prendre la place de Maman. Elle sait bien qu'elle n'est pas ma Maman ; alors, pourquoi elle reste ici ?
J'ai de nouveau une autre Mademoiselle. Cela fait six, depuis que tu es partie. Celle que j'ai maintenant ne s'occupe pas de moi : elle lit ou elle parle toujours avec les messieurs qui viennent à la maison.
Une nuit, je me suis réveillée et j'ai appelé. Mais personne ne m'a écoutée. Jai été voir dans toutes les chambres, mais il n'y avait personne, et j'ai eu peur parce qu'il faisait nuit et que j'étais toute seule. Alors, j'ai été chercher Négus, je l'ai pris dans ma chambre, je me suis couchée sur le tapis à côté de lui et je lui ai parlé de toi. Tu ne m'as jamais laissée toute seule, la nuit. Et comme de penser à toi me faisait sentir tout ce que j'ai perdu, j'ai pleuré ; et mon Négus a compris que j'avais beaucoup de chagrin ; il a léché mes larmes qui coulaient. Cela m'a consolée un peu et, comme je n'avais plus peur, je me suis endormie en tenant Négus tout près de moi. Mademoiselle m'a réveillée en criant très fort à Négus : "Débine, sale chien !" Et elle l'a battu. Et quand j'ai dit que c'était moi qui l'avais cherché, elle m'a tiré les cheveux et m'a dit que je serais punie. Et dimanche, quand Peter est venu me chercher pour aller à la messe, j'ai entendu qu'elle a dit que j'étais partie en promenade avec Papa.
Oh ! Petite Léna, tu m'as dit qu'il ne fallait jamais dire de mensonges, parce que ça fait de la peine au petit Jésus. Alors pourquoi Mademoiselle en dit ? Mais peut-être quelle ne sait pas que ça fait de la peine à Jésus ; elle n'a pas eu de Léna pour le lui apprendre. Alors, l'après-midi, quand elle faisait la sieste et qu'elle ne veut pas que je la dérange, j'ai couru à l'église pour consoler le petit Jésus. Je lui ai demandé pardon pour le mensonge de Mademoiselle. Alors, tu sais, Léna, le petit Jésus, Il m'a souri. Si tu savais comme j'ai été contente, parce qu'Il m'a souri, ça veut dire qu'Il n'a plus de chagrin, n'est-ce pas, Léna ? Et maintenant, je garde son sourire dans mon coeur, et quand j'ai des ennuis, je le revois et je suis consolée.
Ma petite Léna, je voudrais être grande pour t'écrire de belles lettres et pour te dire avec de beaux mots comme je t'aime. Je suis encore petite, puisque j'ai sept ans et demi, mais je veux quand même t'aimer très fort. Je pense à tout ce que tu m'as appris et je te dis merci de m'avoir appris à connaître le petit Jésus. Si je navais pas eu ma Léna, je ne saurais rien du petit Jésus, et alors, à qui je raconterais mes chagrins et mes bonheurs ? Oh ! Des bonheurs, elle n'en a pas beaucoup, ta petite fille, depuis que tu es partie, mais je connais des petits nègres qui ne savent rien de Jésus ; alors, ils sont encore plus malheureux que moi.
Maintenant, nous sommes à la mer. Je pense encore plus à toi en regardant la mer, parce que, de l'autre côté de toute cette eau tu soignes les petits pauvres ? Il y en a beaucoup ici. Mais peut-être que tu veux des ailes. J'ai pensé que, si tu voulais bien revenir chez moi, on prendrait les ailes du petit pigeon qui est mort. Seulement, voilà, elles seraient un peu petites.
Est-ce que tu as déjà reçu l'autre lettre que j "ai envoyée dimanche ? Je n'ai pas pu attendre la réponse avant de t'écrire, parce que, si j'attends trop longtemps, je peux oublier des choses. Je t'écrirai de nouveau jeudi. Jembrasse tous les petits pauvres. Ils doivent être si contents d'avoir ma Léna pour les "tendresser" qu'ils oublient qu'ils sont pauvres. Adieu, ma petite Léna. Tu n'oublies pas ta petite fille, parce qu'alors elle aurait trop de chagrin.
Ta Stella, à toi.
IV
Ma bien chère Léna,
Enfin, une lettre de toi, et avec une image encore. Je suis une petite fille bien gâtée, et je te dis merci. J'ai pris un peu du temps que tu donnes à tes petits pauvres, mais tu leur diras que, moi aussi, j'ai besoin de ma Léna, et que ce n'est pas ma faute si je suis riche. Je suis contente que tu as répondu à tous mes pourquoi. Cela m'a fait plaisir de savoir que je suis encore la petite fille de mon Papa, et, puisque tu me le dis, ce doit être moi qui n'ai pas bien compris quand Papa a dit : "Cette gosse n'est pas à moi." Sûrement, il parlait d'une petite fille qui passait sur la route. Mais je suis bien contente que tu m'as expliqué, parce que autrement, j'aurais toujours pensé que la gosse c'était moi.
J'ai voulu obéir tout de suite quand j'ai lu que tu écris que je dois être gentille avec Papa et il m'aimera. Mais quand j'ai voulu aller sur ses genoux pour l'embrasser, la dame a dit à Papa "Ne t'occupe pas de ta gosse, on arrivera trop tard au théâtre." Et Papa a dit "Débine." Bien sûr, jaurais dû choisir un autre moment, mais c'est toujours le moment de quelque chose : ou bien Papa veut dormir, ou bien aller en auto, ou bien à une fête. Il n'a jamais du temps pour moi. Tu te rappelles, Léna, c'était toujours comme ça quand tu étais là. Mais tu sais, maintenant, je n'ai plus de chagrin comme avant. Toutes ces petites peines sont des fleurs que j'offre à Jésus. Il fait trop chaud ici pour que les fleurs poussent, alors j'ai expliqué à Jésus que mes fleurs à moi, ce sont tous mes sacrifices de tous les jours. Bien sûr, ces fleurs, je ne peux pas les mettre dans un vase à l'église, mais je les mets dans son coeur, à Jésus.
Tu sais, Maman est revenue. Elle voulait rester dans la maison, mais Papa veut garder l'autre daine et il a grondé très fort. Mais tu m'as dit de ne plus écouter les grandes personnes. Alors, j'ai mis les deux mains sur les oreilles pour ne rien entendre. Maintenant, Papa a dit : "On veut partir très loin pour que Maman ne nous trouve plus." Les valises sont prêtes et on prend l'avion samedi. Alors, Léna, il ne faut plus m'écrire ici, parce que le ministre ne saura pas où me donner la lettre. Mais moi, je t'écrirai quand on sera arrivé et je te donnerai l'adresse.
Peter m'a dit de te dire merci pour le chou que tu as mis pour lui dans ma lettre. Mais moi, je ne l'ai pas vu ce chou.
Tu diras un bon merci à Soeur A. pour la jolie image ; elle m'a fait plaisir. Je l'ai mise sur ma table de nuit. Cest gentil tout plein à cette Soeur A. d'envoyer une image à une petite fille qu'elle ne connaît pas, sans savoir si cette petite fille a été assez gentille pour mériter une image. Est-ce que cette Soeur a aussi des ailes comme toi ? Tu lui diras que ma dernière poupée, je l'ai appelée comme elle. Cela ne te fait rien, n'est-ce pas, Léna, j'ai quatre poupées qui s'appellent Léna.
Jai montré à Papa comme le petit Jésus de l'image aime aussi les petits nègres. Mais Papa a dit : "Fiche-moi la paix avec tes combines à Jésus." Dis, Léna, qu'est-ce que c'est que des combines ? Est-ce des combinaisons comme la mienne rose ?
On ne prend pas Négus avec nous. J'en aurai beaucoup de chagrin, mais j'essaierai de ne pas pleurer pour que cela fasse une belle fleur pour Jésus.
Adieu, ma chère Léna, j'espère que tu es toujours contente ; j'espère que tu as déjà les ailes. Elles sont gentilles, les soeurs ? J'espère qu'elles ne te grondent jamais. Si elle te grondent une fois, tu laisses tout et tu reviens chez ta petite fille. Mais je suis si sûre qu'on ne te gronde jamais. J'aurais trop de chagrin, et je suis trop loin pour te consoler. Il faut faire comme moi, Léna, quand tu as de la peine, dis-le à Jésus, et on est tout de suite consolée
Ta Stella.
V
Ma chère Léna,
C'est jeudi, et me voilà. J'ai presque risqué d'aller chez toi. Hier, il y avait un bateau, et vite, pendant que Mademoiselle faisait la sieste, j'ai pris une petite valise avec des robes et ma tirelire, et puis j'ai aussi pris Négus, parce qu'il aurait trop de chagrin sans moi. Et puis, je suis arrivée sur le bateau. Mais, quand j'ai dit au Monsieur que j'allais en Suisse, chez Léna, il dit que ce bateau n'allait pas en Suisse. Alors, je suis revenue à la maison. Mais je regarde bien tous les bateaux qui viennent et quand il y en aura un qui va en Suisse, je partirai.
Chère petite Léna, je voudrais que tu m'envoie un petit chapelet. Celui que tu m'as donné, c'est la cuisinière qui me l'a pris. Je le sais, parce que je l'ai vu à son cou. Mais je n'ai pas voulu lui faire de la peine. Alors, je le lui ai laissé.
Le négritos que tu prenais à la maison, il est mort. Peut-être que c'est les microbes qui l'ont mangé, puisque c'était un pauvre. Tu sais, je n'ose plus prendre des pauvres, on me le défend. Alors, jai pensé que, puisque je ne peux plus servir les pauvres, comme tu m'as appris, je serai la petite servante du petit Jésus. Toujours, je lui dirai oui, même quand c'est difficile, comme quand il faut manger de vilains épinards. Comme ça, le petit Jésus sera content. Et puis tu sais, j'ai aussi pensé que, puisque je n'ai plus de Maman, le petit Jésus me prêtera la sienne. Je l'aime bien la Sainte Vierge ; c'est si dommage qu'on ne la voie pas.
Petite Léna, j'aimerais bien avoir une petite soeur. A qui il faut la demander, dis ? Je m'ennuie toute seule. Mes poupées et Négus sont bien gentils, mais ça ne parle pas, ça ne console pas quand on a du chagrin. Mais peut-être, il vaut mieux n'avoir pas de petite soeur, parce qu'on serait deux petites filles qui n'ont pas de Maman pour les "tendresser".
Je nai pas bien écrit, mais je me suis dépêchée avant que Mademoiselle se réveille. Je ne veux pas qu'elle voie ta lettre. Tu m'écriras vite. Je n'ai encore rien reçu depuis la photo des enfants. Il faut envoyer chez le ministre ; alors, cela va plus vite, il me l'a dit.
Adieu, ma petite Léna. Est-ce que tu as déjà les ailes ? Un gros baiser jusqu'à dimanche. Je técrirai alors et te redonnerai des baisers tout frais
Ta Stella
VI
Ma chère Léna,
Il faut que tu écrives bien vite au R. Père Anselme ; tu lui diras quil faut que je fasse ma première Communion. Il t'écoutera, toi, parce que quand tu dis quelque chose, tout le monde obéit. Dis au Père que je sais très bien mon catéchisme. J'ai été chez lui ce matin et je lui ai demandé bien fort de me laisser faire ma première Communion. Mais il m'a dit que j'étais trop petite et que je dois attendre de n'avoir plus de boucles.
Non, Léna, je ne peux plus attendre et Jésus non plus. Ce n'est pas gentil au Père de dire que je suis petite. On peut aimer Jésus très fort, même quand on est petite. Je suis rentrée bien triste à la maison et j'avais tellement de chagrin que je n'ai pas su écouter Jésus. Toujours Il me console. Mais, aujourd'hui, je suis restée seule avec mon chagrin. Et puis, tout à coup, j'ai pensé que le Père avait dit que, quand je n'aurais plus de boucles, je serais assez grande. Alors, toute la joie est revenue. J'ai pris des ciseaux et, bien vite, j'ai coupé toutes ces boucles qui m'empêchaient de recevoir Jésus. Bien vite j'ai couru chez le Père Anselme, sûre, cette fois, qu'il me ferait ma première Communion. Sais-tu Léna, le Père, il a encore dit non. Oh ! C'est vilain de dire non quand on a promis. Je ne l'aime plus le Père Anselme. Je ne lui demanderai plus jamais de me laisser communier, mais j'ai tout expliqué à Jésus. Maintenant, je suis consolée. Il a compris, Lui, et Il ne m'a pas dit non.
Quand je suis arrivée à la maison, Maman était là et quand elle a vu que j'avais coupé mes cheveux, elle m'a grondé très fort ; elle m'a dit que j'étais une laide petit e fille et qu'elle ne voulait plus me voir. Cela ne me fait rien, Jésus m'aime comme je suis, cela me suffit.
Dis-moi, Léna, tu ne veux pas essayer de me prendre en Suisse ? Je suis sûre qu'on me laisserait faire ma première Communion. Et quand je l'aurai faite, je te promets de revenir bien sage en Amérique et de ne plus t'ennuyer. Ecris-moi bien vite. Tes lettres, c'est tout ce qui me reste pour être sage. Tu sais bien qu'ici personne ne me parle de Jésus, puisque personne ne l'aime. Moi, je crois que je ne l'oublierai jamais, puisque tu n'es plus là ; écris-moi souvent et parle-moi de Lui toujours. Dis-moi bien ce que je dois faire pour qu'Il soit content de la petite Stella. Dis-moi aussi ce que je peux faire pour Le consoler à cause de ceux qui ne l'aiment pas. Je fais souvent de gros sacrifices comme de manger des épinards ou bien de donner mes sous aux pauvres, ou bien de ne pas pleurer quand je vois que ni Papa, ni Maman ne s'occupent de leur petite fille. Tu me diras d'autres sacrifices que je dois faire et que je ne sais pas voir.
Adieu ma Léna. Quand tu iras communier et que tu auras Jésus dans ton coeur, dis-Lui bien, puisque tu le sais, comme je l'aime et comme je le désire "si tant" dans mon coeur à moi
Ta Stella.
VII
Ma chère Léna,
Ecris-moi bien vite, ma Léna, parce que j'ai trop de chagrin. Hier, John est venu jouer avec moi ; il a dit un vilain mot ; alors je lui ai dit que ça faisait de la peine à Jésus. Mais il m'a dit quil ne savait pas qui est Jésus. Alors je lui ai expliqué que Jésus est né dans une crèche et Il est mort sur une croix pour nous. Mais, ce vilain John ne voulait pas croire et il disait que c'était des blagues. Oh ! Alors, Léna, je me suis fâchée très fort et je lui ai donné une gifle. Bien sûr, il a crié si fort que Papa est arrivé pour voir. Il m'a grondée et il m'a dit que je devais être gentille avec John parce que, quand il sera grand, il sera mon mari, parce qu'il est très riche. Mais moi j'ai dit que je ne voulais pas de mari, que, quand je serais grande, je me ferais Soeur comme Léna, j'irais soigner les petits pauvres et j'irais apprendre à connaître Jésus à ceux qui ne le connaissent pas. Alors, Papa a dit de vilaines choses. Il m'a dit qu'il n'y a pas de bon Dieu et que tout ce que tu m'as dit cest des bêtises pour me faire dormir. Alors, Léna, je l'ai défendu bien fort mon Jésus, et je n'ai pas eu peur devant Papa. J'ai tapé du pied et j'ai dit: "Bien sûr, il y a un bon Dieu qui a fait les fleurs et les enfants, qui nous a sauvés en mourant sur la croix." J'ai dit qu'Il nous regarde du Ciel et qu'Il récompensera un jour ceux qui auront été bons et punira ceux qui ont été méchants. Et j'ai dit aussi que les riches, c'était comme les pauvres ; au Ciel, on sera tous la même chose devant Jésus. Je voulais dire encore beaucoup de choses, mais je n'ai pas eu le temps. Papa a été très en colère et il ma enfermée dans ma chambre, et il a dit que j'étais un coq. Et, de ma chambre, j'entendais John qui disait : "Oh ! Le vilain coq, je ne veux plus jouer avec ce vilain coq." Et Papa a dit : "Quand tu seras son mari, tu lui apprendras à ne pas dire des bêtises." Et voilà, c'est tout. Mais tu sais, petite Léna, j'ai eu beaucoup de chagrin, pas pour moi, mais pour mon cher Jésus. Je nai pas pu dormir de toute la nuit, parce que jai pensé comme Il devait être triste, mon Jésus, d'entendre et de voir des personnes qui ne croient pas à Lui et qui ne L'aiment pas. Je voulais faire quelque chose de grand pour Le consoler, mais je n'ai pas su trouver. Il faudra que tu me dises, toi, Léna, ce que je peux faire. Tu L'aimes "si tant", le petit Jésus , peut-être qu'à nous deux, on arrivera à Le consoler. En attendant, je Lui ai demandé un grand pardon pour ceux qui Lui font de la peine.
Dis, Léna, je crois que le mieux serait que tu reviennes ici. A toi, personne n'ose dire qu'il n'y a pas de bon Dieu et tu as appris à beaucoup de monde à Le connaître et à L'aimer. Même à Peter qui n'allait jamais à l'église, et maintenant, il y va toujours, parce qu'il a écouté ce que tu as dit. Et puis, aussi, tous les petits nègres et les indiens qui venaient au catéchisme chez toi. Tu sais, je les vois tous les dimanches à la messe. Ils me reconnaissent et ils me parlent de toi. Alors, Léna, reviens ici. Quand je serai assez grande pour te remplacer et faire comme toi, tu pourras repartir, chercher les ailes des Soeurs, et tu m'attendras là-bas jusqu'à ce que je puisse, moi aussi, chercher des ailes. Peut-être que Jésus voudrait que tu sois Soeur tout de suite, mais je Lui expliquerai et Il comprendra.
Adieu, ma Léna. J'attends une longue lettre. Je n'ai pas de Mademoiselle pour le moment ; la dernière est partie. Je n'ai pas eu de chagrin quand elle est partie ; elle disait toujours que j'étais une drôle de petite fille. Dis, Léna, tu ne m'as jamais dit cela, toi, et tu m'aimais comme je suis. D'abord, c'est toi qui m'as faite comme cela. Papa le disait aussi , c'est la seule chose qu'il dit de moi.
Adieu, ma Léna. Prie bien Jésus pour moi, et je le prie pour toi
Ta Stella.
VIII
Ma bien chère Léna,
Tu iras lire ma lettre à la chapelle, et si tu as trop de chagrin, Jésus sera tout près de toi pour te consoler. Quand j'aurai fini de t'écrire, je fermerai ma lettre, parce que c'est pour toi toute seule, et je la mettrai sur ma table de nuit, et quand je serai morte, Papa te l'enverra. Ce sera bientôt ; le petit Jésus me l'a dit ce matin : "J'enverrai un ange te chercher bientôt." Alors jattends.
Tu sais, Léna, je sais que Mademoiselle... est allée en Suisse. Je sais aussi que Papa a donné beaucoup d'argent pour que tu reviennes chez moi. Mais je sais que tu ne viendras pas, parce que j'ai dit au petit Jésus de ne pas te laisser partir. Tu es à Lui et je ne veux pas te reprendre. Bien sûr, jai eu beaucoup de chagrin, mais tu ne m'as pas laissée seule. Tu mas appris à connaître Jésus et à L'aimer. Et je L'ai aimé de tout ce que je peux. Je me suis appliquée à ne penser quà Lui, et comme cela, j'ai été heureuse, même dans mes gros chagrins de petite fille. Et puis, tu sais, Léna, c'était facile d'être heureuse : le petit Jésus a été dans ma chambre. C'est encore plus beau que quand tu l'avais dans ton coeur à la Communion. Depuis que je suis malade, je ne me suis jamais ennuyée. On ne s'ennuie pas quand on a Jésus pour ami ; tu me l'a dit souvent et j'ai vu que c'était vrai.
Il t'aime bien, le petit Jésus, Il te veut pour Lui seul. Quand tu auras les ailes, tu iras bien loin, où il y a beaucoup de travail ; tu laisseras tout et tu ne reverras plus jamais ton Papa ni ta Maman, ni personne que tu aimes. Mais tu seras heureuse avec Jésus. Tu lui amèneras de petites âmes qui ne Le connaissent pas. Et si quelquefois tu as des peines, pense tout de suite à ce que Jésus a eu de peine pour nous. On L'a battu, on Lui a craché sur sa belle figure, et Il n'a rien dit. Toi, tu ne diras rien non plus, n'est-ce pas, ma petite Léna, quand ça n'ira pas tout seul, comme tu veux. Pense bien à Lui et tu seras toujours contente. Je le sais moi, et je veux que tu sois sûre de cela.
Je t'envoie cette petite image. C'est toi qui 1as envoyée et je l'aime beaucoup je ne veux pas qu'on la jette quand je ne serai plus sur la terre.
Papa m'a dit que, bientôt, il va avoir un garçon , il est content parce que les filles, c'est sot ; les garçons, ça fait mieux.
J'espère que ce sera comme il veut. Ainsi, il n'aura pas de chagrin quand il n'aura plus sa sotte petite fille.
Adieu, ma chère Léna, pour la dernière fois, ta petite Stella te "tendresse" de tout son coeur. Au Ciel, je te dirai merci pour tout ce que tu as fait pour moi. Adieu, ma chère Léna
Ta Stella.
IX
Ma petite Léna,
Peut-être, quand tu recevras cette lettre, il n'y aura plus de petite Stella sur la terre. Le docteur 1"a dit ce matin à Papa : "Votre fille n'en a pas pour longtemps." Le docteur, il ne sait pas ce que j'ai, mais moi je sais que c'est parce que j'ai eu trop de chagrin depuis que tu es partie. Comme je n'ai pas voulu toujours pleurer, j'ai gardé mon chagrin au-dedans. Mais ça fait mal ; je n'avais plus envie de manger, ni de dormir, ni de jouer. Et maintenant, je suis malade.
Petite Léna, il ne faudra pas avoir du chagrin. Je me rappelle quand la petite soeur est morte, tu avais "si tant" pleuré. Mais, pour moi, il ne faudra pas avoir du chagrin parce que tu sais, moi je suis contente. J'avais tant demandé au bon Jésus de te ramener chez moi ou bien de me prendre chez Lui. Il n'a pas voulu que tu reviennes chez moi parce qu'Il te veut pour Ses petits pauvres. Moi aussi, Léna, j'aurais voulu être grande pour aller chercher des ailes chez les Soeurs. Mais Jésus a pensé qu'Il me prendrait chez Lui pour me donner les vraies ailes des petits anges. C'est encore plus beau, n'est-ce pas, Léna. Quand je serai près de Lui je n'aurai plus de chagrin. Je ne verrai plus tout ce qui est vilain sur la terre. Puis, tu sais, je ne t'oublierai pas ; je demanderai à Jésus beaucoup de choses pour toi. Je ne sais ce qu'il te faut, mais Jésus le sait puisqu'Il voit tout, et je Lui demanderai de toujours te regarder.
Merci, ma Léna, de ce que tu as été si gentille avec moi. Je veux te dire quelque chose : quand tu t'occuperas des petits enfants, il ne faudra pas tant les aimer, parce que, alors, quand tu t'en iras, ils auront trop de chagrin.
Adieu, ma Léna, il ne faudra pas pleurer quand tu recevras cette lettre. Il faut que tu penses que ta petite fille a toujours cherché à faire plaisir à son Jésus et qu'elle est bien contente d'aller chez Lui.
"Je te tendresse" de tout mon coeur et je t'attends près du petit Jésus
Ta Stella.
(Décédée un ler octobre)
Comme le lis entre les chardons,
telle ma bien-aimée entre les jeunes femmes
Cantique des cantiques 11, 2
[Lettre aux Amis N°47] [Retour à l'accueil] [Lettres Aux Amis]